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Locomotive Codépendante

by | Sep 1, 2023 | ComLine, Voices of Recovery

En grandissant, les seules façons d’obtenir un fragile droit à l’existence étaient: 1) voyager à l’étranger, de préférence dans des lieux perdus ou extraordinaires ; 2) obtenir des diplômes médicaux, ou au moins scientifiques (sciences humaines et littérature étaient considérées insignifiantes) ; 3) être l’exécutante de base, dévouée, celle qui fait le boulot et se sacrifie, muette mais efficace… enfin, jamais assez, bien sûr.

Je n’ai fait que deux vrais voyages. J’ai obtenu des diplômes, mais dans des domaines considérés comme secondaires (et bien sûr, l’étude des langues n’était qu’un petit plus, un caprice bizarre qui ne pouvait mener à aucun accomplissement). En fait, j’ai consumé toute ma force, mon énergie, ma bonne volonté à être l’exécutante, me décarcasser pour plaire, servir, dépanner, aider, sauver tout le monde… sauf moi. Complètement codépendante.

Epuisée mais dévouée.

Il y a environ 20 ans, lors d’une thérapie de groupe, la thérapeute a suggéré l’exercice suivant : j’étais à quatre pattes, et les autres participants devaient m’appuyer de tout leur poids sur le dos, un par un, cumulativement. J’ai tenu bon. Me soumettant aux instructions de la thérapeute, figure d’autorité à mes yeux. Mais le cinquième ou sixième participant s’est écrié : « Stop ! On va finir par la blesser ! On ne peut pas continuer comme ça ! » La thérapeute a demandé « Pourquoi est-ce TOI qui dis stop ? »

Il m’aura fallu des années, rien moins, avant de comprendre et intégrer ce qu’elle voulait dire : MOI, j’avais le droit de dire stop, j’étais pleinement habilitée à protester, à considérer que la situation devenait insupportable, à dire non. C’était tellement contraire à la façon dont j’ai été éduquée que je n’y avais tout simplement même pas pensé : il avait fallu que quelqu’un d’autre réagisse pour moi. Je me serais effondrée et laissée écrabouiller sans un mot.

Epuisée mais dévouée.

Et il y a quelques années, j’ai lu dans un livre sur l’emprise la métaphore suivante : « On détache les wagons de la locomotive, jamais le contraire ». Cela m’a rappelé beaucoup de situations de ma vie où j’avais joué la locomotive (codépendante) et avais vu les autres jouant les wagons se détacher dès que j’étais devenue trop épuisée pour tracter. Quand j’étais prête à m’écrouler, ils/elles m’ont accusée, se sont détaché(e)s, et m’ont abandonnée en plein burn-out.

Epuisée mais considérée coupable quand je n’avais plus la force de me dévouer.

De nos jours, j’essaie d’être plus prudente.

De vérifier si je dois réellement, ou pas, et veux réellement, ou pas, faire la locomotive au bénéfice des autres.

Si oui, de rester consciente de mon état intérieur, physique et émotionnel, pour éviter d’aller jusqu’au burn-out.

De me détacher, ou au moins cesser de tracter au prix de ma santé, quand je n’en peux plus.
Dévouée, oui, mais avec modération.

Moi aussi, j’ai le droit de me détacher quand ça devient nécessaire. Encore parfois locomotive, mais de moins en moins codépendante.

Geneviève R.

Below is translation provided by the author

Codependent Locomotive

When I grew up, the only ways to gain a flimsy right to existence were: 1) traveling abroad, preferably to remote or extraordinary places; 2) qualifying for medical or, at least, scientific diplomas (human sciences and literature were considered of trifling importance); 3) being the devoted “do-er”, the one who carries out all that must be done, self-sacrificing, mute but efficient… though never enough, of course.

I travelled only twice. I managed to graduate, but only in fields considered as minor (and of course, studying languages was only a surplus, the capricious whim, it couldn’t be considered the right track toward achievement). In fact, I consumed all my strength, energy, and willingness to be the “do-er”, to people-please, to serve, to help, to aid, to save and to rescue everybody… except me. Fully codependent.

Exhausted but devoted.

Around 20 years ago, during a group therapy, the therapist suggested an exercise: I had to be on my hands and knees, and the other participants had to push on my back with all their weight, accumulating one by one. I held on. Always complying with the instructions given by the therapist, whom I considered an authority figure. But the fifth or sixth participant exclaimed: “Stop! We will hurt her! We can’t push anymore!” The therapist told him: “Why is it YOU who say stop?”

It took me years, no less, to understand and then integrate what she had meant: I, MYSELF, had the right to say stop, I was fully entitled to make a protest, to consider that the situation had become unbearable, to say no. It was so contrary to the way I had been raised that I didn’t even merely think of it. Another person had to react on my behalf. I would have crumbled and collapsed without uttering a single word.

Exhausted but devoted.

And a few years ago, I read in a book dealing with trauma bonding the following metaphor: “One detaches the cars from the locomotive, never the contrary”. It reminded me a lot of situations in my life in which I had played the (codependent) locomotive, and had seen the ones playing the cars unfasten themselves as soon as I had become too exhausted to pull anymore. When I was ready to drop with exhaustion, they accused me, detached themselves, and left me burnt-out, abandoned.

Exhausted but considered guilty when I had no more strength to devote myself.

Nowadays, I try to be more careful.

To verify whether I really must, or not, and really want, or not, to play the locomotive to the benefit of others.

If so, to stay aware of my inner state, whether physical or emotional, to avoid burn-out.

To detach myself, or at last stop pulling at the expense of my health, when I get exhausted.

Devoted, yes, but with moderation.

I, too, have the right to detach myself when it becomes necessary. Sometimes still a locomotive, but a less codependent one.

Geneviève R.

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